La crise financière est finie, alléluia !! Les plans de relances et de sauvetages successifs ont permis d’enrayer la gangrène financière. Notre industrie financière semble repartie vers des jours meilleurs, mais je ne dirai pas pour autant sur des bonnes rails. Après avoir sauver de la faillite notre système, à coup d’endettement public, nous sommes parvenus à rétablir un semblant de confiance sur les marchés. Pour combien de temps ? Jusqu’à la prochaine crise spéculative…
Bien que des mesures restrictives soient sur le point de voir le jour, nous ne pouvons que douter de leur efficacité, tant l’esprit libéral et libertaire reste ancré dans les mentalités de nos financiers.
On peut se réjouir de voir les marchés repartir à la hausse depuis mars, mais cette euphorie va-t-elle durer ? Est-elle simplement justifiée ? Les marchés manquent cruellement de contrôle et d’encadrement et tant que des instances indépendantes ne seront pas mises en place, nous ne pourrons éviter les dérives que nous venons de connaître. (voir mes notes précédentes)
La crise est-elle finie pour autant ? Certes non ! Nous avons tout simplement reporté la crise des établissements financiers vers les Etats et par conséquence vers les contribuables. Nous avons lamentablement endetté les citoyens au point de devoir transmettre aux générations futures une dette colossale. Les états les plus inventifs iront jusqu’à proposer un appel à l’épargne public en laissant un grand emprunt, agrandissant un peu plus le déficit et la dette abyssale. En règle générale, on ne fait appel à l’épargne public que lorsque la dette souveraine ne peut être absorbée par les marchés. En clair, quand les marchés ne font plus confiance au pays émetteur. C’est un choix de dernier recours et non un choix électoral ou politique. A moins que cette proposition ne serve à « acheter » ou « rémunérer » de futures voix en vue d’une élection future.
Donc nous avons la chance d’avoir sauvé notre système financier. Nos institutions vont mieux, elles vont pouvoir refaire des bénéfices et spéculer aveuglément comme avant. De toute façon, nous venons de leur donner un blanc sein, puisque nous avons singé un chèque en blanc. Avait-on le choix ? Pas vraiment, car si le système financier s’écroulait, nous aurions assisté à la faillite du Monde… Avec cette triste perspective de nous aurions immédiatement basculés vers un conflit de grand ampleur. Il fait donc bon d’être financier… Car même si on ne peut plus s’enrichir sur les marchés, on menace de faillite et hop… Le gentil contribuable nous verse de l’argent avec la complicité de l’Etat. Ce même contribuable qui se sera fait « tondre » auparavant par ces mêmes financiers… N’est-ce pas Monsieur Maddof ?
Notre chère crise financière est donc finie. Cependant, nous allons maintenant assister à une crise sociale. Sous prétexte de crise, les entreprises licencient massivement et les états peinent à faire face aux demandes d’allocations chômage. Forcément, les caisses sont vides. A cause de la crise des financiers. Nous allons donc assister à des drames humains, de faillites personnelles, mais là, tout le monde s’en moque, le système n’est pas en péril. Sauf que, notre croissance est issue essentiellement de la consommation des ménages, or ceux-ci consomment considérablement moins, par peur du lendemain, du fait de la hausse outrageuse des prix, du fait du coup de frein sur le crédit… Du fait de l’Avenir… Nous rentrons dans un cercle « vertueux » de dépression économique. En négligeant les ménages, nous précipitons la crise sociale, la guerre civile, les guerres intercommunautaires, un conflit majeur.
Comment vont faire les entreprises pour écouler leur stocks si personnes ne consomment ? Elles vont baisser les prix, faire du dumping social… Bonne nouvelle, les prix vont baisser. Oui mais, ne serait-ce pas de la déflation ? N’est-ce pas plus dangereux que l’inflation ? On nous dit que non, il n’y a pas de déflation tant que les salaires ne sont pas touchés. Oui mais voilà, maintenant nos chers salariés commencent à avoir le choix entre ne plus avoir de salaire ou baisser son salaire en travaillant plus pour gagner moins. Moi j’appelle cela de la déflation. Je reste optimiste, car nous allons pouvoir bénéficier de l’expérience japonaise. Certes, ils n’ont toujours pas trouver de solutions, mais ils connaissent déjà. Peut-être qu’à plusieurs on va trouver !…
On pourrait alors imaginer un plan de relance de la consommation ? Non, les caisses sont vides. Les financiers ont tout pris. En plus, on ne va pas augmenter les impôts. Alors ça, je le mets tout de suite sur mon agenda pour bien m’en rappeler lorsque je ferai ma déclaration fiscale dans les années à venir. Ceci dit, mon IRPP n’augmentera peut-être pas, mais je me demande quand même combien va me coûter la nouvelle taxe carbone de 2010. Après tout ce n’est peut-être pas un impôt… C’est juste une taxe… Et puis c’est vrai que les niches fiscales n’ont pas été plafonnées… C’est vrai que malgré la baisse des prix des matières premières, les prix n’ont pas chuté dans les mêmes proportions, surtout l’essence… Je reste toujours surpris de voir les envolés du prix des carburants et la peine qu’ils ont à baisser quand le baril baisse. J’ai demandé à mon patron d’indexer mon salaire sur le prix du super 95, mais il ne veut pas… Je reste sur l’indice INSEE. Maintenant que nous sommes en déflation, je comprends que mon salaire n’est pas prêt d’augmenter et je me demande même s’il ne va pas baisser. Comme la TVA des restaurateurs, quelle bonne nouvelle de pouvoir manger dans mon quartier d’affaire parisien autre chose qu’un sandwich à un prix raisonnable. Une baisse de près de 15% de la TVA répercuter sur mon repas… Là encore, c’est étrange, mais les brasseries de mon quartier n’ont toujours pas répercuté cette baisse. En revanche, le patron vient de changer sa Mercedes et de refaire sa devanture…
Si je me résume un peu… Si je veux peut-être garder mon job, je dois baisser mon salaire en signe de solidarité avec les actionnaires, qui m’ont plombé mes stock-options. Mes impôts ne vont pas augmenter mais j’aurai de nouvelles taxes à payer. D’ailleurs quand je fais le plein de super 95, je paie quasiment le même prix qu’au moment où le baril était à 150 dollars, alors qu’il est deux fois moins cher, surtout chez ceux chez qui on ne va pas par hasard. Je vais travailler jusqu’à 70 ans, pour payer la retraite de ceux qui nous ont pourri le système et la planète… Là encore mes impôts n’augmentent pas mais je cotise plus longtemps pour moins. Ma maison vaut moitié moins qu’il y a deux ans, mais si je ne vends pas je ne perds pas. Tiens ça me rappelle mes Natixis. Si je suis malade, je suis moins bien rembourser car je dois être solidaire avec ceux qui nous ont pourri le système et la planète… On va me demander de prendre de l’emprunt d’Etat pour financer la réélection d’un mec pour qui je ne voterai jamais. Mais bon, nous avons sauvé le système financier !
Soyons clairs, l’économie ne repartira pas, même en 2010, ni 2011 quoiqu’en dise Madame Lagarde, toujours là malgré le remaniement… J’ai eu un espoir… Hélas… Nous allons donc vivre une crise sociale, peut-être pas immédiatement à la rentrée, car il faut que les entreprises finissent de dégraisser leur personnel pour engraisser les actionnaires. Fort heureusement en France, il nous reste encore une protection sociale, nous avons des allocations chômages, mais avec plus de 10% de chômeurs, sans compter ceux que l’on a exclut, combien de temps allons-nous pouvoir les indemniser ? Qu’en bien même, les allocations ne sont versées que pendant 23 mois dans le meilleur des cas. L’emploi aura-t-il repris d’ici là ? Malheureusement non. Si l’on considère que les premiers licenciements massifs ont eu lieu depuis septembre 2008, nous devrions avoir un début de crise sociale majeure fin 2010 début 2011. Nous serons proche d’élections importantes, nous aurons donc des annonces démagogiques et des promesses non tenues. Nous creuserons un peu plus les déficits et contribuerons à la faillite de notre système, pour l’ego d’un groupe de profiteurs.
Je me réjouis de penser que nous avons su, nous le G20, nous coordonner pour sauver notre système financier. Jamais nous avions eu autant de cohésion, autant d’actions simultanées, autant de milliards injectés et engloutis. Cependant, malgré ce front face à la crise, aucune action d’ampleur ne s’est faite dans le même sens, chacun a tenté de préserver ses intérêts. Les mesures globales sont donc devenues des « mesurettes » locales. Nous avons mis un pansement compressif sur une hémorragie. Pour le moment ça tient, mais dès que nous relâcherons la pression, nous risquons l’embolie.
Certes il fallait sauver le soldat financier, mais il fallait aussi et surtout sauver le soldat consommateur, ce que tout le monde a oublié. Nous venons donc de signer pour une crise longue, grave et coûteuse, avec ses pertes collatérales : la dignité humaine.
Vous comprendrez donc, que je ne suis toujours pas favorable à un retour sur les marchés dans son ensemble, sauf sur les valeurs financières et les valeurs « vertes » qui sont notre prochaine bulle spéculative.
JC LESSOUS le 26/06/09.